CHRONOLOGIE

L'HISTOIRE DE LA CINQ

1986, VOILA LA CINQ

Tout commence à l’automne 1986. À quelques mois des législatives, que la gauche s’apprête à perdre, François Mitterrand sort un projet surprise : deux chaînes de télévision privées, présentées comme “un espace de liberté supplémentaire”. Le 5e réseau est confié à deux proches du pouvoir : Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux.

Le lancement est marqué par un boycott des journalistes et animateurs vedettes sollicités par Silvio Berlusconi. La plupart déclinent l’invitation mais la soirée d’inauguration reste spectaculaire : Patrick Sébastien, Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg, Charles Aznavour, Michel Sardou… seront présents pour marquer le coup.

Lorsque les premières images apparaissent sur les écrans de quelques milliers de privilégiés, l’accueil du public reste mitigé, partagé entre curiosité et scepticisme.

Le 20 février 1986 La Cinq, première chaîne privée et gratuite française est lancée en grande pompe : elle débarque comme un ovni dans le paysage audiovisuel. Mais la droite, déjà très hostile, promet de tout reprendre à zéro.

LES DATES CLÉS EN 1986

20 février 1986

Voilà La Cinq

À 20h30, La Cinq est officiellement lancée à l’antenne. Roger Zabel et Christian Morin présentent l'émission inaugurale au cours de laquelle est dévoilée la première grille des programmes.

21- 28 février 1986

Grille des programmes

La Cinq diffuse pour la première fois en France les séries Flamingo Road, Derrick, la Cinquième dimension et Arabesque.

Mars 1986

Coupures publicitaires

Pour apaiser la colère des auteurs, La Cinq accepte de réduire le nombre de coupures publicitaires dans les films.

16 avril 1986

La Cinq privée de films

Le Conseil d’État interdit à La Cinq de diffuser des films jusqu'à nouvel ordre, estimant son cahier des charges non conforme vis à vis des œuvres cinématographiques.

➜ En savoir plus
21- 25 avril 1986

Grille des programmes

La Cinq programmes des séries inédites en France : K2000, Supercopter, Riptide et Tonnerre mécanique.

14 mai 1986

Privatisation de TF1

François Léotard, ministre de la Culture et de la Communication, annonce à l’Assemblée nationale la privatisation de TF1.

➜ En savoir plus
5 août 1986

Concessions résiliées

Les concessions de La Cinq et de TV6 sont résiliées par le gouvernement de Jacques Chirac.

12 novembre 1986

Création de la CNCL

Jacques Chirac remplace la Haute Autorité par une nouvelle instance de régulation : la CNCL.

15 décembre 1986

Réseau câblé

Lancement de la chaîne Paris Première sur le câble, à l'initiative du maire de Paris Jacques Chirac et de la Lyonnaise des eaux, propriétaire du réseau câblé.

1987, TOUS SUR LA CINQ

À l’automne 1986, la CNCL, nouvelle autorité de régulation audiovisuelle, relance l’appel d’offres pour La Cinq. La concession est finalement attribuée au groupe Hersant, qui s’associe aux opérateurs déjà en place : Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux.

Robert Hersant, patron d’un puissant empire de presse, équipe alors la chaîne avec le matériel le plus avancé au monde. Objectif : préparer l’arrivée de l’information, prévue pour la rentrée 1987. Les répétitions et les numéros zéro de chaque édition sont organisés tout au long de l’été.

Le 14 Septembre 1987, c’est le coup d’envoi, Jean-Claude Bourret présente le premier journal de 13h. La rédaction, jeune et audacieuse, se distingue par sa liberté de ton, son regard affûté et son approche innovante. Dotée d’une technologie de pointe et déterminée à devenir une référence en matière d’information, La Cinq impose des formats inédits : Le Minuit Pile, Le Journal tout en images, Le Journal Permanent — des concepts qui seront vite repris par les autres chaînes.

Dans ce climat de surenchère, la guerre des chaînes s’intensifie. TF1, fraîchement privatisée, affronte une Cinq ambitieuse, qui prépare sa rentrée à grand renfort de publicités dans la presse et d’une grande campagne d’affichage dans les villes.

La chaîne fait des offres spectaculaires aux stars de TF1 : Collaro, Sabatier, Sébastien, Bouvard, Ardisson… Tous misent sur La Cinq, attirés par des cachets records (3 millions de francs par émission contre 120 000 sur TF1) et la possibilité inédite de produire leurs propres programmes.

LES DATES CLÉS EN 1987

23 février 1987

CNCL

Après les auditions publiques devant la commission du 18 février, c'est Robert Hersant associé avec Silvio Berlusconi qui remporte la concession de La Cinq contre le projet de James Goldsmith.

➜ En savoir plus
1er mars 1987

M6

TV6 devient M6, mini‑généraliste à dominante musicale et fictions qui sera présidée par Jean Drucker.

➜ En savoir plus
16 avril 1987

TF1 privatisée

A la surprise générale, le consortium mené par le groupe de Francis Bouygues remporte le duel contre le projet Hachette de Jean-Luc Lagardère et s'empare de 50 % du capital de TF1 pour 3 milliards de francs.

➜ En savoir plus
16- 24 avril 1987

Mercato

Le départ de la directrice des programmes de TF1 Marie‑France Brière pour La Cinq entraîne dans son sillage Stéphane Collaro et Patrick Sabatier qui la rejoigne sur La Cinq.

24 juin 1987

Télé Diffusion de France

Le dernier rapport de TDF sur l'état du réseau met en évidence que La Cinq ne couvre encore que la moitié du territoire français.

19 août 1987

Paris-Dakar

La Cinq obtient l’exclusivité du rallye Paris‑Dakar, jusque‑là diffusé par TF1.

14-20 septembre 1987

Programmes

Lancement des JT sur La Cinq avec Jean-Claude Bourret et Marie-France Cubadda et des émissions Farandole, Dix sur dix, Collaricocoshow, Bains de minuit, 5 rue du théatre, Reporters et Dimanche 5.

31 septembre 1987

Publicité

La Cinq revoit ses tarifs publicitaires à la baisse faute de couverture nationale, signe de premières difficultés financières pour la chaîne.

1988-90, LA CINQ, TOUS LES SOIRS UN FILM

Avec un réseau d’émetteurs limité couvrant à peine 40 % du territoire, La Cinq a vu trop grand et une large partie des téléspectateurs ne peut suivre les nouvelles émissions portées par les anciens animateurs vedettes de TF1. L’audience stagne, les recettes publicitaires s’effondrent, et les contrats de Sébastien, Collaro et Sabatier sont rompus en urgence. Tous réintègrent La Une dès la saison suivante.

L’expérience tourne court, laissant derrière elle un déficit avoisinant le milliard de francs. Face à cet échec cuisant et aux risques financiers menaçant l’avenir de la chaîne, les programmes coûteux et peu suivis sont rapidement abandonnés. Les tensions entre Robert Hersant et Silvio Berlusconi s’intensifient : le premier reproche au second de vendre trop cher son catalogue de séries américaines, tandis que Berlusconi critique les investissements jugés excessifs dans l’information, peu rentable sur le plan publicitaire.

Dans ce contexte, les quotas d’œuvres françaises imposés à toutes les chaînes obligent La Cinq à renforcer sa production de contenus originaux. Catherine Tasca, présidente de la CNCL, et Jack Lang, ancien ministre de la Culture, affichent leur hostilité envers la chaîne, qu’ils considèrent comme une généraliste de trop.

La cohabitation politique prend fin en mai 1988 avec la réélection de François Mitterrand. L’année suivante, la CNCL est remplacée par une nouvelle autorité de régulation, le CSA, dirigée par Jacques Boutet, ancien PDG de TF1.

Les critiques répétées contre la programmation très « américaine » de La Cinq aggravent encore le déficit. Robert Hersant, inquiet pour la santé de son groupe de presse, prend ses distances. Il prépare méthodiquement son retrait et cède ses parts — ainsi que celles de Jérôme Seydoux — à Jean-Luc Lagardère, patron du groupe Hachette, qui entre officiellement au capital de la chaîne fin mai 1990.

LES DATES CLÉS DE 1988-90

29 février 1988 - 4 avril 1988

TURBO SUR L'INFO

Création de la tranche d'information Le Journal Permanent, une édition tous les quarts d’heure entre 6h et 7h15 & du Journal de Minuit (futur Minuit Pile / Journal de la Nuit)

17-30 septembre 1988

GRÈVE

La révélation du salaire de Christine Ockrent, provoque un malaise sur Antenne 2, entrainant un mouvement de grève générale touchant l’ensemble de l’audiovisuel public

Février 1989

MEDIAMETRIE

Installation du boîtier Médiamètre dans 2300 foyers français pour mesurer l'audience des chaînes de télévision

➜ En savoir plus
10 février 1989

AMENDE

La Cinq condamnée à 5 millions de francs pour non‑respect des quotas d’œuvres françaises

10 juin 1989

DÉCÈS

Mort du journaliste reporter d'images pour La Cinq Vincent Albasini lors de la couverture du Rallye Objectif Sud en Sierra Leone

29 septembre 1989

JUSTICE

Robert Hersant remporte son procès contre Seydoux et Berlusconi, accusés d’avoir tenté de l’évincer de la direction de La Cinq

23 décembre 1989

DÉCÈS

Jean‑Louis Calderon est tué en pleine couverture des affrontements à Bucarest, au cœur de la chute du régime Ceaușescu.

28 mai1990

ACTIONNAIRES

Arrivée du groupe Hachette dans le capital de La Cinq à hauteur de 22%

6 juin1990

ÉMETTEURS

La Cinq est autorisée à émettre en Belgique francophone (3,5 millions d'habitants)

1991, LA CINQ VERSION HACHETTE

Hachette, en minimisant les risques financiers, saisit l’opportunité de devenir l’opérateur principal de La Cinq et en prend officiellement la direction en avril 1991. Jean-Luc Lagardère se présente comme un repreneur crédible, promettant de sauver la chaîne et d’en faire un média familial de qualité.

L’arrivée d’Hachette se manifeste à l’écran dès le 2 avril 1991 avec un nouveau logo signé Jean-Paul Goude, un habillage repensé et le lancement de 22 nouvelles émissions. Pourtant, près des trois quarts de ces programmes seront retirés en quelques semaines ou mois, faute d’audience.

Dès la rentrée 1991, le bilan est sans appel : la version Hachette de La Cinq ne parvient pas à convaincre. Les contraintes réglementaires et la crise du marché publicitaire liée à la guerre du Golfe aggravent encore les pertes. Le 17 décembre, la direction annonce un plan social massif : 576 licenciements sur 820 salariés, pour tenter de contenir un déficit d’un milliard de francs (environ 152 millions d’euros).

Mais ce plan échoue, et le 31 décembre, La Cinq dépose le bilan. L’aventure aura coûté à Hachette plus de 3,5 milliards de francs (environ 533,4 millions d’euros). S’ensuivent quatre mois de mobilisation intense des salariés, qui refusent de baisser les bras et maintiennent la chaîne en vie dans l’espoir d’un repreneur.

LES DATES CLÉS DE 1991

15 janvier 1991

EMETTEURS

Nouveaux émetteurs pour La Cinq et M6 desservant Toulon, Nice, Caen, Ajaccio et Bastia

Du 2 au 15 avril 1991

PROGRAMMES

Nouvel habillage conçu par Jean‑Paul Goude et lancement d’une nouvelle grille de programmes par Pascal Josèphe, comprenant 22 émissions déployées progressivement au cours du mois.

➜ En savoir plus
22 mai 1991

PROGRAMMES

Pour maintenir l’audience en forte chute, les nouveaux programmes sont progressivement remplacés. Selon un premier bilan, l’audience moyenne passe de 13 % à 11,7 %.

➜ En savoir plus
29 août 1991

DIRECTION DE LA CINQ

Yves Sabouret, PDG de La Cinq, accuse le gouvernement d’avoir accumulé des contraintes absurdes mettant en péril les chaînes privées.

Septembre 1991

PROGRAMMES

Lancement de l’émission politique Les absents ont toujours tort par Guillaume Durand et du magazine Urgences par Jean‑Claude Bourret

20 septembre 1991

EMETTEURS

Arrêt de la diffusion de La Cinq en Belgique.

17 décembre 1991

DIRECTION DE LA CINQ

Yves Sabouret présente un plan social visant 576 licenciements pour sauver la chaîne, en déficit de 3,5 milliards de francs.

31 décembre 1991

CSA

Le CSA rejette le plan social proposé par Yves Sabouret et le groupe Hachette, la chaîne est contrainte au dépôt de bilan.

1992, L'ECLIPSE TOTALE

Porté par un élan de solidarité populaire, Jean-Claude Bourret fonde le 3 janvier 1992 l’« Association de Défense de La Cinq », qui rassemble 40 000 adhérents en seulement trois jours. Silvio Berlusconi, toujours détenteur de 25 % du capital, réagit en proposant un plan de sauvetage : il envisage une augmentation de capital et promet le maintien de 600 emplois.

Pendant ce temps, TF1, M6 et Canal+ planchent déjà sur le lancement d’une chaîne d’information en continu pour occuper la fréquence de La Cinq. Mais les téléspectateurs, farouchement attachés à la chaîne, se mobilisent massivement : pétitions adressées au gouvernement, milliers de messages de soutien envoyés à la rédaction.

Sous la pression politique, Silvio Berlusconi finit par renoncer à son projet de relance. Et bien que l’association de défense dépasse les 800 000 adhérents fin février 1992, l’espoir d’un sauvetage s’évanouit. Le 3 avril, Jean-Claude Bourret annonce au journal de 20h la décision du Tribunal de commerce de Paris : La Cinq doit cesser définitivement d’émettre le 12 avril à minuit.

Dans les locaux du 241 boulevard Pereire, les équipes organisent une grande soirée d’adieu, retraçant l’histoire de la chaîne. Et à minuit, le signal s’éteint.

C’est une première dans l’histoire de la télévision française : une chaîne nationale disparaît. Tandis que les déclarations officielles se veulent attristées, les concurrents se réjouissent. La chute de La Cinq consacre la domination de TF1 dans le paysage audiovisuel commercial et clôt une décennie de bouleversements dans le PAF. La Cinq est morte — et le pouvoir en place entend bien empêcher toute résurrection.

Les dates clés

x

Get A Quote

    ×